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Jacques de Backere
graphologue-conseil, expert en écritures agréé par les Tribunaux

ANALYSE GRAPHOLOGIQUE

Planète 19 Décembre 1970, par Collectif


NOUS pensons que cet humaniste qu’est Krishnamurti a dû marquer, au cours de son enfance, une forte opposition au père tandis que sa mère, adoptive ou non, devait, par son ascendant et sa personnalité, le préparer, à partir d’une vie familiale perturbée, à découvrir le chemin, plus exactement la voie royale vers l’accomplissement de soi.

Le graphisme de Krishnamurti, à son stade actuel d’évolution, révèle une volonté et une persévération remarquables. Pour contradictoire que cela puisse paraître il est introverti et pourtant réellement présent au monde. Cette introversion est en somme expression d’une forte intériorité mais où l’on ne découvre pas ou prou le ressentiment d’un passé non plus qu’un accrochage fondamental à ce qui fût.

C’est notre sentiment à travers son expérience intérieure que ce sage a su résorber ses conflits, annuler le passé et conquérir un équilibre au niveau même des propriétés fondamentales de l’énergie corporelle dans son mode de potentialisation et d’actualisation. [1] On peut penser que la sexualité elle-même s’est acheminée vers une forme de sublimation.

Chez Krishnamurti ce savoir intérieur est un vécu, un senti. Il est valeur de vérité non dialectisée c’est-à-dire en deçà de toute verbalisation, de tout nominalisme.

C’est à ce niveau qu’il s’est éprouvé lui-même pour tendre à un équilibre fondamental et résorber, autant que faire se peut, les inhibitions, les angoisses, les ambivalences, les blocages et autres mécanismes de défense qui expriment, au niveau de la corporalité et des symbolismes spatio-temporels, une organisation énergétique défectueuse troublant la dynamique globale de l’être.

Nous découvrons la qualité de son équilibre dans le souple déroulement, sans précipitation, du ruban graphique et la bonne coordination des formes, tandis qu’une bonne pression, associée aux traits assez nourris, assure à cette écriture sa bonne densité.

Son relief est aussi témoignage d’une faculté de jugement précis. Quant à son élasticité elle est révélatrice de la manière dont l’influx nerveux se distribue au cours de la gestique graphique pour nous livrer le mode d’écoulement des pulsions qui confirment ici un bon contrôle de la direction et de l’intensité. Il est intéressant en effet d’observer la bonne assise des lignes malgré une très légère perturbation du train de l’écriture au dernier tiers de chaque fin de ligne.

Les majuscules disent que Krishnamurti tient la tête haute. Très élégantes et esthétiques elles symbolisent une fierté naturelle et un charme princier.

Le velouté des traits comme la sensualité des formes viennent compenser ce qu’une logique rigoureuse pourrait avoir de froid. Cette écriture exprime en fait un climat d’Orient.

On y trouve condensé un style de comportement qui confirme une esthétique personnelle. Ce style est bien intégré à sa personne y compris ce que son attitude pourrait avoir de formaliste dans l’abord.


UNE CRAINTE DE LÂCHER LE FIL

Krishnamurti affirme sa position sans ambiguïté et semble, sur ce point, ne faire aucune concession. Il fait face et sait opposer aux objections une argumentation d’une logique rigoureuse à partir de prémisses fondamentales à bonne distance de l’anecdotique. Je dirais volontiers qu’il soude très bien les propositions entre elles.

La pression finale qui achève les traits filiformes de certains mots confirme un aspect caractérologique; celui de ne pas se laisser accaparer par autrui et de prendre ses distances pour maintenir son intégrité. C’est une attitude qui s’inscrit dans la cohérence même de son statut. Cette écriture confirme cette volonté d’un minimum de dépense d’énergie.

Son côté économique est assez frappant malgré les enroulements et les nuds qui sont indices, pour une part, de sécrétivité mais aussi reflet de l’usage d’une forme graphique indienne, à savoir celle de sa langue maternelle: le Telegou. On peut affirmer qu’il poursuit un but bien précis, bien fixé. Il peut volontairement aussi se fermer pour ne pas se laisser submerger par autrui limitant ainsi sa disponibilité.

Sans doute y a-t-il une certaine crainte de « lâcher le fil ». Qu’il y ait au niveau des échanges sociaux une écoute sensible de l’autre c’est certain mais l’empathie est mesurée. Ce qui importe, c’est une fidélité inconditionnelle à un mode d’être qui est cette conquête de la liberté essentielle qu’il qualifie de « Première et dernière liberté ».

S’il fallait à travers les typologies et les diverses caractérologies cerner une dominante dans les fonctions psychiques, nous serions bien en peine de la formuler sans hésitation. Au demeurant les classifications systématiques lorsqu’elles sont poussées à leur logique extrême aboutissent à la caricature et la distorsion. Elles ne sont pas moins dangereuses que l’évaluation quantitative là où elle n’a que faire. Sans doute est-il permis de croire que le sentiment vient s’unir à la pensée, l’intuition constituant la fonction la moins évidente tandis que la sensation presque symbiotiquement liée au sentiment nous éclaire sur la qualité concrète du statut psychique de Krishnamurti. Cette composante sensation vient en quelque sorte substantialiser l’esprit qui se soucie peu de théorie. Krishnamurti vit le présent tandis qu’il s’insurge contre les constructeurs de mythes. Sur ce point il est catégorique. Jamais les mythes ont eu le pouvoir d’assurer la libération psychologique. On ne saurait assez mettre en évidence cette assertion de Krishnamurti qui est aussi celle de Hui-Neng que « L’Illumination n’existe pas » !

La véritable création de soi s’inaugure selon un processus qui serait davantage une attitude réflexive de la Conscience sur elle-même.

Nous ne découvrons aucun indice graphique qui soit expression d’exaltation paroxystique, d’imagination aberrante ou de délires interprétatifs !

L’émotivité est en somme bien dirigée à partir d’une tête bien faite.

Il reste encore à souligner combien la signature maintient la même homogénéité par rapport au texte écrit. Elle signe, d’une façon évidente, le statut homogène de la personne.

On peut dire que Krishnamurti confirme cette adéquacité à lui-même soit aucun écart entre l’être et le paraître c’est dire que chez lui la conscience se fait acte.

La souplesse élégante du paraphe est expressive de dépouillement. La signature ne prend pas valeur « d’étiquette » mais exprime la nature intime qui est celle d’un homme d’élite où la fermeté morale se confond avec la conscience lucide.

Krishnamurti vit fondamentalement sa vérité.

Il en est maître. Chez lui il n’y a plus de place laissée au doute.[2]


NOTRE PEU DE SÉRIEUX

Malheureusement, nous recevons une éducation erronée. Nous ne devenons réellement sérieux qu'au moment d'une crise, lorsque la vie exige de nous une terrible épreuve, lorsque nous recevons un choc affreux. Alors nous assumons une certaine gravité, nous essayons d'entreprendre quelque chose, mais trop tard. Je ne suis pas cynique, croyez-le bien: je ne fais que constater un fait.

Quel est notre principal intérêt dans la vie? Si nous avons assez d'argent, nous nous occupons de ce qu'on appelle « spiritualité », nous avons des divertissements intellectuels, des discussions sur l'art, nous nous mettons à peindre pour nous « exprimer »; et si nous n'avons pas assez d'argent, tout notre temps, jour après jour, est absorbé par la nécessité d'en gagner et nous devenons les esclaves de la misère, pris dans une éternelle et lassante routine. La plupart d'entre nous sont entraînés à fonctionner mécaniquement en vue d'un gagne-pain, une année après l'autre. Nous avons des responsabilités, une femme et des enfants à nourrir et, engagés dans ce monde-là, nous essayons d'être sérieux, nous essayons d'être religieux, nous allons à l'église, nous embrassons tel ou tel culte, ou, peut-être, étant en vacances et ayant entendu parler de ces réunions, nous venons ici. Mais rien de tout cela ne provoquera l'extraordinaire transformation de la conscience dont il est question.[3]


LA SOCIÉTÉ

Mais n'est-ce pas un fait évident que ce que je suis, dans mes rapports avec autrui, engendre la société? Et que, si je ne me transforme pas radicalement moi-même, il ne peut y avoir de transformation dans la fonction essentielle de la société? Lorsque nous nous basons sur un système pour transformer la société, nous ne faisons qu'écarter la question, car un système ne peut pas transformer l'homme; l'Histoire nous montre que c'est l'homme qui transforme toujours le système. Tant que je ne me comprends pas dans mes rapports avec vous, je suis la cause du chaos, de la misère, de la destruction, de la peur, de la brutalité. Me comprendre n'est pas une question de temps; je veux dire que je peux me comprendre en cet instant-ci. Si je dis: « je me comprendrai demain », j'engendre le chaos et la misère, mon action est destructrice. Dès l'instant que je dis: « je me comprendrai », j'introduis un élément de durée et je suis donc déjà plongé dans la vague de confusion et de destruction. La compréhension est forcément maintenant, pas demain. Demain est pour l'esprit paresseux, pour l'esprit apathique, pour l'esprit que la question n'intéresse pas. Lorsque vous êtes intéressés par une chose, vous la faites instantanément, il y a compréhension immédiate, immédiate transformation. Si vous ne changez pas maintenant, vous ne changerez jamais, parce que le changement qui a lieu demain n'est qu'une modification, n'est pas une transformation. La transformation a lieu immédiatement; la révolution est maintenant, pas demain.[4]

Notes et références

  1. Il faut lire concernant la logique de l'énergie les remarquables travaux de Stéphane Lupasco.
  2. Extrait inédit de l'ouvrage de Robert linssen « Krishnamurti psychologue de l’ère nouvelle » à paraître en janvier aux éditions le Courrier du Livre.
  3. J. Krishnamurti « Les Entretiens de Saanen 1963 » (pp. 11-12) © La Colombe, Paris, 1964, Trad. C. Suarès.
  4. J. Krishnamurti « De la Connaissance de Soi » (p. 17) © Le Courrier du Livre, Paris, 1967, Trad. C. Suarès.


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