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SOMMAIRE

 

BULLETIN INTERNATIONAL DE L'ÉTOILE
  N° 3 Décembre 1930  


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POÈME


La montagne s’abaisse vers les eaux dansantes
Mais sa tête est cachée dans un sombre nuage.

Sur la souche d’un pin mort
Poussait une tendre fleur.

La substance de mon amour est Vie
Et la mort n’est pas sur sa route.

J. KRISHNAMURTI.  


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LA CESSATION DE LA CRAINTE


CAUSERIE par J. KRISHNAMURTI


Mercredi 23 juillet. — Réunion d’été.  

S’IL n’y a pas de contact avec la vie, sous la forme de l’action qui implique le choix et le discernement continuel, il n’est pas possible de se réaliser pleinement. On ne le peut qu’en dépassant continuellement l’individualité. Mais si l’action découle de la crainte elle fait des efforts pour se mouler sur un type établi. La crainte naît lorsqu’on cherche le développement et la compréhension en dehors de soi, lorsqu’on attend de quelque Être surhumain qu’il vous sauve de l’obscurité qui vous entoure. Si vous êtes possédé par la crainte, vous essayez constamment de devenir, et ce n’est là qu’une imitation causée par la crainte. Lorsque l’action naît de la crainte, au lieu de vous libérer elle vous lie toujours davantage. L’action véritable est une continuelle élimination, c’est la destruction de la soi-conscience qui connaît la séparation. Mais si elle naît de la crainte elle amène la formation de sectes, de groupes étroits d’individus qui s’accrochent les uns aux autres dans leur désir de devenir.

Une secte, en tant que corps, ne peut approcher la vérité parce que celle-ci est une réalisation intérieure. Vous ne pouvez pas arriver à la pleine réalisation de votre être en vous accrochant à un corps. C’est pourquoi je répète que ce n’est qu’en tant qu’individu que vous pouvez vous réaliser pleinement. Vous avez une secte ou un groupe lorsque des personnes essayent d’imiter un type — non pas la vérité complète mais une partie de la vérité. L’effort pour devenir implique la crainte et si l’on cède à la crainte elle ne fait qu’augmenter, de même que l’illusion. De cet effort pour devenir, basé sur la crainte, naît le désir de posséder, de prendre, le désir d’être guidé. Aussi forme-t-on une secte étroite pour chercher la vérité. Mais on n’arrive jamais à la vérité au moyen de groupes ou de sociétés. La vérité n’est perçue que par l’effort individuel.

La vérité est dans l’ignorance de l’existence soi-consciente.

Si vous imitez, si vous essayez de devenir un type, de suivre une formule établie, vous ne faites que céder à la peur, et ainsi la crainte en est augmentée. Celui qui ne veut avoir aucune crainte doit comprendre que, bien que les formes d’existence individuelle puissent varier, bien que les expressions de la soi-conscience puissent changer, bien que la vie puisse se manifester de différentes manières, fondamentalement la vie est une. Lorsque vous comprenez cela, toute crainte disparaît. Alors vous n’essayez plus de devenir, mais seulement d’être. A travers cette lutte, vous comprenez intuitivement cette unité de l’être que chacun sent et connaît en lui-même en ces moments extrêmes où l’intelligence se voit hautement éveillée — l’intuition. L’individualité soi-consciente doit pleinement réaliser la potentialité de ce fait; et alors elle est immergée dans le tout et est parvenue à son épanouissement.

La disparition de la crainte est le commencement de l’être; et l’être est harmonie, parfait équilibre dans toutes ses expressions. Pour être il ne faut pas imiter, former un groupe ou une secte, se grouper comme une armée sous la direction d’un chef. Être c’est tout inclure, c’est ne pas être conscient du « vous » et du « moi ». Si vous en êtes conscient, il y a une inharmonie causée par l’effort pour devenir, et dans lequel la crainte est impliquée. La séparation est causée par cet ego, ce « Je » qui n’est que l’existence soi-consciente de l’individu; ce sentiment de séparativité de l’individualité soi-consciente produit le désir insatiable et l’illusion. L’individualité n’est pas une fin en elle-même. Elle est imperfection; elle est en voie de devenir jusqu’à ce qu’elle parvienne à l’être.

Devenir cet effort; être est la cessation de l’effort. Lorsqu’il y a effort il est soi-conscient et, par là, imparfait. L’être n’est que la pure conscience de l’existence sans effort. Vous devez traduire ces mots en termes d’intuition, qui est la raison sous sa forme la plus haute. Pour arriver à cet être, il vous faut étudier le désir causé par l’existence soi-consciente. Lorsque vous le comprenez, lorsque vous comprenez d’où il provient et où il va il devient un précieux joyau auquel vous vous attachez, que vous ciselez et polissez sans cesse. Ce désir est la source de la discipline véritable, non pas d’une discipline établie, mais d’une discipline qui varie progressivement jusqu’à ce que vous arriviez à l’être pur.

Le désir cherche le bonheur sans limite. Pour y arriver il convoite d’abord les possessions, ce qui implique l’avidité, l’envie, etc. Puis il parvient au stade suivant: la jouissance des choses subtiles. Avant d’arriver à cette jouissance subtile il doit y avoir la compréhension du but de l’existence individuelle, le contrôle des désirs physiques, des plaisirs grossiers. La plupart des gens arrivent à ce contrôle à la fin de leur vie, après s’être adonné, sans compréhension, aux jouissances physiques. Par pure fatigue, par le manque d’énergie, l’on arrive naturellement à un contrôle, mais un contrôle inconscient qui n’est pas le contrôle né de la compréhension.

Celui qui veut se libérer de l’erreur et du désir doit avoir le contrôle parfait de son corps, un contrôle résultant de la compréhension et non pas de la suppression ou de la répression. Le contrôle vient du désir de comprendre le but et l’épanouissement de l’existence individuelle. La plupart des gens suppriment leurs désirs par crainte; mais ce n’est pas là le contrôle véritable, c’est la mort. Le contrôle véritable est souplesse et activité; le corps est pleinement actif mais bien tenu en main.

Puis, il faut le contrôle des émotions, qui ne sont qu’une forme plus subtile de jouissance. A travers les émotions aussi le désir cherche le bonheur. J’emploie le mot contrôle dans le sens de discipline réfléchie imposée par soi-même, ce n’est pas le contrôle stupide qui vous laisse amer, dur, cruel, sans pitié. La discipline que l’on s’impose est pleine de bonté, d’égards, elle est tendre et non pas dure. Si vous êtes perdu dans vos émotions, dans votre imagination, dans le romanesque et le mystère, vous êtes victime de l’illusion et vous désirez ardemment devenir. Le contrôle mental est nécessaire aussi. La fonction de l’intellect est d’établir un pont entre l’action et l’intuition. Il doit guider, non pas dominer, et apporter ainsi l’harmonie parfaite.


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QUESTIONS ET RÉPONSES


par J. KRISHNAMURTI


Mardi 22 juillet. — Réunion d’été.  

L’INTELLECT doit servir de pont entre le monde de l’action et cette intuition qui est le but de la pensée et du sentiment. Aussitôt que l’intellect a établi ce pont, sa fonction cesse. Les mots servent aussi de pont pour arriver à la compréhension. J’emploie les mots ordinaires dans une intention très définie, en leur donnant une signification nouvelle.

QUESTION. — Vous avez dit que chacun de nous doit se restreindre à un minimum de possessions. Cela me parait être en contradiction avec tout ce que je comprends de votre enseignement. Mettre ainsi les possessions sur une base quantitative ne peut que conduire à un complexe de pauvreté et à l’interprétation d’une vertu spirituelle en termes quantitatifs. L’histoire du Sannÿasi qui tenait plus à sa robe de bure, c’est-à-dire au minimum, que le Roi ne tenait à son palais, c’est-à-dire au maximum, prouve certainement que la quantité n’a aucune importance?

KRISHNAMURTI. — Il n’est pas question de quantité, ou de savoir s’il y a un maximum ou un minimum. On doit d’abord être détaché et alors peu importe que l’on ait ou non des possessions. Ce qui importe c’est si, oui ou non, on est attaché. En expliquant quelque chose j’essaye toujours de contredire ce que j’ai affirmé. L’histoire du Roi et du Sannyasi montre que ce n’est pas une question de minimum ou de maximum; elle montre que le bonheur, la clarté de pensée et de sentiment ne dépendent pas des possessions. En un mot, il vous faut être détaché. Lorsque vous comprenez la valeur véritable des choses vous êtes automatiquement détaché de toutes. Il vous faut donc chercher si vous êtes détaché ou si vous dépendez des possessions matérielles. Vous pouvez avoir une multitude de possessions et être entièrement détaché, ou posséder deux vêtements de bure et y être très attaché. Si vous êtes attaché aux choses vous devez apprendre à les rejeter.

QUESTION. — J’ai l’impression que la manière dont vous avez expliqué la valeur de la conduite dans le domaine de l’émotion risque de créer la même sorte de malentendu que celui dont il est parlé dans la question précédente, car vous donnez l’idée que l’amour croît par un processus quantitatif. Vous nous dites de commencer à aimer une personne, puis d’étendre cet amour à plusieurs personnes, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il embrasse le monde entier. Cette formule quantitative me paraît être fatale. Ni la multiplicité ni la division ne conduisent à l’éternel.

KRISHNAMURTI. — Le monde de l’être, le monde de la réalité, la vérité qui est le Soi est la consommation de tout amour. L’amour comprend tous ses opposés: la haine, la jalousie, l’envie, la convoitise, etc. A cette totalité je donne le nom d’Amour. Ce Soi, cette vérité, est toute chose. Lorsque vous avez compris cela, vous n’identifiez pas l’amour avec la conduite morale. Lorsque vous aimez quelqu’un, votre amour renferme la jalousie, le sentiment égoïste de la possession, le souci inquiet de cet amour. Quand vous transcendez tout cela, vous êtes capable de donner votre amour à tous, sans aucune distinction. Ce n’est donc pas un processus quantitatif.

Si vous êtes capable d’amour réel vous pouvez aller verticalement jusqu’à l’Ultime; vous n’avez pas besoin de marcher horizontalement en suivant le processus quantitatif. Voilà pourquoi vous devez d’abord comprendre ce qu’est cette totalité de la vie, ce qu’est le Soi, ce qui est réel et quelle est la nature de l’être pur et de l’amour pur. La vie est la consommation de toute chose, de tous les opposés; elle n’a pas d’attributs, pas de rapports spéciaux; elle est sa propre cause, elle existe par elle-même. Vous ne pouvez pas la qualifier de morale ou d’immorale, ou dire qu’elle est tout amour ou toute haine. Elle est toute chose, elle est le sujet et l’objet. Lorsque vous comprenez cela, l’amour prend une signification différente, il renferme tous ses opposés.

Si vous aimez avec votre intelligence et non avec votre cœur vous intellectualisez l’amour, vous essayez de trouver des raisons à votre amour. C’est-à-dire que vous considérez si la personne que vous aimez a un physique agréable, si elle est riche, si elle a une belle position sociale, etc. Vous établissez des divisions, tandis qu’aimer réellement c’est tout renfermer dans son amour.

QUESTION. — Peut-on, en s’unissant à la vie universelle, être uni consciemment aux êtres aimés qu’on a perdus?

KRISHNAMURTI. — Quand on est un avec la vie, il ne saurait plus être question de vie ou de mort, de la présence ou de l’absence d’un être aimé, car ces faits appartiennent au domaine du temps et de l’espace. Vous abordez ces choses d’un point de vue personnel. Vous cherchez la vérité parce que vous désirez retrouver un être cher que vous avez perdu. C’est une étrange manière d’envisager la vie. Cette vie, la totalité, est la somme de toute chose, de toutes les existences individuelles. L’existence individuelle connaît la vie et la mort, mais il n’existe rien de tel pour la totalité. On ne peut chercher un individu particulier dans la totalité; le faire c’est se cramponner aux divisions et aux séparations.

QUESTION. — Parlez-nous encore, je vous prie, de la qualité de l’amour. Est-ce cette compassion qui nous brûle le cœur et que l’on éprouve parfois envers tous les êtres?

KRISHNAMURTI. — La compassion est la fusion de la peine et du plaisir, de la douleur et de la joie. La véritable compassion contient et comprend tous les opposés. Si vous ne savez pas ce que c’est que de haïr, vous ne connaîtrez jamais l’amour — ce qui ne veut pas dire bien entendu que vous deviez haïr. — Il est faux de considérer la compassion comme un amour brûlant dans lequel n’entre ni haine, ni envie, ni jalousie; elle contient tout cela puisque tout est en elle, elle peut donc tout comprendre.

« Parlez-nous encore, je vous prie, de la qualité de l’amour. » Qu’entendez-vous par là? Voulez-vous dire que vous ne savez pas aimer, sentir? Comment puis-je décrire l’indescriptible? Si vous ne savez pas aimer, que puis-je vous expliquer? Si vous n’aviez pas le sens du toucher, comment pourrais-je vous faire comprendre ce que c’est que de toucher? Il n’existe pas un être qui n’aime, qui ne sente pas. Quand vous cherchez une explication de l’amour, c’est une explication surnaturelle qu’il vous faut. A quoi bon, quand l’amour humain suffit à nous enseigner tout ce qui est nécessaire?

QUESTION. — Il y a quelque temps, vous avez employé cette expression: « Vous désirez ce que vous percevez. » Qu’entendez-vous par « percevoir »? Voulez-vous dire que nous désirons ce qui, croyons-nous, nous rendra plus heureux, ou donnez-vous un autre sens à « percevoir »?

KRISHNAMURTI. — Quand vous percevez le bonheur sous la forme possessions, votre désir est avide de possessions. Quand vous êtes effrayés, mentalement et émotionnellement, le désir, en percevant la peur, évoque une image de protection et de réconfort. Vous pensez que des richesses, une haute situation sociale, etc., vous rendront heureux, vous travaillez donc pour les acquérir, vous consacrez à ce seul but toute votre énergie et toutes vos facultés; votre désir poursuit continuellement cet objet. Mais si vous percevez, si vous comprenez le bonheur comme un état d’être, votre désir aspire à réaliser ce pur état d’être, cette existence qui ne connaît pas l’effort et vous luttez pour cela. C’est ainsi que le désir devient sa propre discipline.

QUESTION. — Pouvez-vous parler encore de la perfection? Consiste-t-elle dans la reconnaissance de la valeur véritable des choses ou dans le développement de nos qualités les plus hautes? Et, dans ce dernier cas, le temps n entre-t-il pas en jeu?

KRISHNAMURTI. — Reconnaître la valeur d’une chose implique de l’expérience. Pour moi, la perfection est cet état d’être dépourvu d’effort qui est la pure vie de l’intuition. L’intuition n’est ni pensée ni sentiment et pourtant elle est la fin de la pensée, le but du sentiment. Si vous êtes sans cesse concentrés, réfléchis et ardents, si vous observez constamment, vous ne vous occupez pas du temps, mais dans le cas contraire la question de temps entre en jeu.

Chaque moment renferme la totalité du temps, et selon la manière dont vous avez compris l’idée du temps vous vivez et comprenez ce moment. Pour l’homme libéré, le temps n’existe pas. Le temps intervient quand il s’agit de l’expansion de la conscience, mais non quand il s’agit de sa liberté; cette liberté est l’être, l’expansion est le devenir. Mais on atteint l’être, la découverte de soi-même, la vie qui embrasse tout par un effort constant, délibéré et volontaire. La conduite juste est une réalisation personnelle. On ne peut obéir qu’à la morale qu’on reconnaît et que l’on s’impose à soi-même. Vous cherchez à vous étendre, à devenir, à multiplier le « Je suis » dans le temps, en passant par différents phénomènes, et ce processus implique nécessairement le temps.

La liberté de l’être et de la conscience n’implique ni le temps ni l’espace car elle n’a rien à voir avec la multiplication de nombreux « Je suis »; on l’atteint en un instant qui contient toute l’existence. C’est ainsi que la libération n’est pas l’expansion de la conscience mais sa liberté.

QUESTION. — Quelle différence y a-t-il entre les réactions émotionnelles ou intellectuelles d’un homme ordinaire en face d’un coucher de soleil et les pensées et sentiments créateurs que ce coucher de soleil éveille chez un grand artiste ou un homme libéré? Qu’est-ce qui distingue entre eux ces deux modes d’expérience?

KRISHNAMURTI. — Dans le premier cas il y a une excitation qui n’existe pas dans le second, car elle est le signe d’une réaction et l’homme libéré est affranchi de toute réaction; son énergie se dirige vers l’extérieur tandis que les réactions se dirigent vers l’intérieur. Je vous en prie, n’attendez pas votre inspiration des couchers de soleil. Vous ne faites que demander à la nature l’inspiration que vous attendiez autrefois d’un Maître. Vous essayez de devenir quelque chose, d’imiter, au lieu de vous réaliser vous-mêmes en qui se cache la totalité de la vérité. Ce n’est pas dans l’adoration d’un autre « Je suis » que vous trouverez la vérité, ce n’est là qu’une illusion. On ne trouve le bonheur que dans la réalisation de son être qui est l’être de toute chose.

QUESTION. — Dites-nous, je vous prie, quel est le moyen de découvrir ce qui est essentiel dans la vie?

KRISHNAMURTI. — D’abord, la vie pure renferme tout, elle contient l’essentiel et le non-essentiel. Quand on réalise l’existence individuelle et son but on découvre l’essentiel qui est le Soi. On ne peut diviser cette totalité en essentiel et non-essentiel; mais en pratiquant le discernement il faut trouver, par sa propre expérience, ce qui est durable.

QUESTION. — Voulez-vous expliquer la nature de l’action?

KRISHNAMURTI. — Pour moi, l’action est création; elle est la vie en train de créer. Ne considérez pas la création comme manifestation ou non-manifestation. La vie n’a rien à voir avec ces distinctions, elle est création, être, elle peut aboutir à la manifestation ou non. La vie est donc l’action qui crée — la création est à la fois objet et sujet tout en n’étant en elle-même ni l’un ni l’autre. La vraie création ne consiste pas à produire une fleur, une pierre ni même un individu, la vraie création consiste à être. L’action est la totalité de toute création.


Jeudi 24 juillet.  

L’ACTION implique tant de souffrance que l’homme qui cherche à être réconforté se tourne vers la vérité dont il fait ainsi un refuge commode, une source de consolation. Mais la vérité, qui est impersonnelle, n’a pas de qualité particulière; quand vous lui en attribuez une vous abaissez l’idée de la vérité à cause de votre compréhension partielle du combat de la vie. Il faut chercher la vérité au delà de vos désirs individuels, personnels. Si c’est le réconfort que vous cherchez, votre désir établit divers degrés de consolation. Mais la vérité est au delà de toutes les limitations, au delà du temps et de l’espace où demeure la conscience individuelle; si vous l’abordez avec les limitations de votre soi-conscience vous ne comprendrez pas le bonheur permanent et conscient.

Je vais expliquer la différence qui existe entre la soi-conscience et la conscience. La soi-conscience est le résultat de cette existence individuelle qui connaît la séparation et les conflits entre individus, tandis que la conscience est ce soi en qui toute conscience individuelle existe, et qui se trouve au delà du temps et de l’espace bien que le temps et l’espace soient contenus en lui. Le bonheur permanent, conscient, est un état d’être positif. La conscience individuelle décroît et périt, connaît la naissance et la mort. Au contraire, pour cette conscience permanente il n’est pas de déclin, elle est continue, elle est inchangeable, et vous ne pouvez lui attribuer la soi-conscience individuelle, quelles que soient les naissances et les morts et toutes les transformations. Vous devez la considérer avec une impersonnalité absolue et de cette impersonnalité dépend la valeur de la discipline que vous vous imposez à vous-même.

QUESTION. — Pour nous tous, à présent, l’amour signifie: amour pour un autre être. L’idée de la mort nous torture parce quelle représente la séparation d’avec l’être ou les êtres que nous aimons. C’est pourquoi nous nous tournons vers la religion, la théosophie ou le spiritisme et nous trouvons une consolation dans leurs théories qui nous font espérer d’être réunis un jour à ceux que nous aimons. Je crois comprendre que, de votre point de vue, cet espoir, ce désir de réconfort sont une illusion, et que, de plus, désirer prolonger notre individualité ou celle des autres est se préparer de la souffrance en persistant dans la limitation. Si, au contraire, nous pouvons réaliser l’être pur nous goûtons dans sa plénitude cette joie que nous avons connue à un degré infinitésimal dans l’amour individuel. Est-ce bien votre pensée?

KRISHNAMURTI. — La douleur causée par la mort est pour vous une façon de vous rendre compte que vous êtes, en tant qu’individu, un être séparé, ce qui éveille en vous un sentiment d’isolement; vous ressentez cet isolement parce que vous donnez votre amour à un être qui est également conscient de son individualité, et quand il meurt, comme c’est inévitable, vous souffrez. Mais si votre effort, la pureté de votre conduite dénuée de tout sentiment de séparation vous ont ouvert les yeux, votre amour (qui renferme aussi la haine, la jalousie, l’envie, l’avidité, tous les opposés) au lieu de s’attacher à des existences individuelles devient sa propre continuité, sa propre éternité. C’est parce que dans notre conscience il existe la séparation, le sentiment de l’individualité, du « vous » et du « moi », que la douleur est inévitable. Tant que vous êtes conscient de la séparation, la limitation existe et la douleur la suit. Si vous n’aimez que la forme extérieure qui est la manifestation du réel, il y a forcément souffrance, tandis que si vous aimez la réalité en toute chose, si variées qu’en soient les expressions, vous connaissez la continuité de l’amour. Tous ceux qui sont plongés dans la douleur cherchent une explication qui dissipera cette douleur causée par la séparation. Si vous perdez un être cher, vous désirez être uni à lui sur un autre plan de conscience, un autre plan de phénomène. Vous devriez vous placer du point de vue de la continuité de l’existence. Vous considérez l’amour du point de vue de l’individualité soi-consciente et vous voulez que cette individualité soit prolongée dans le temps, qu’elle s’étende donc continuellement. Si vous savez que l’individualité est une limitation, que le but de l’existence individuelle est de réaliser l’unité de la vie et l’existence pure, sans effort, votre lutte vous révélera alors que dans cette unité toutes les individualités séparées sont un tout. A ce moment, vous ne demanderez plus à être uni à l’être aimé en tant qu’entité séparée.

QUESTION. — En réponse à la question: « Pourquoi sommes-nous ici? » vous avez déclaré à Ojaï que l’homme s’élève de la perfection inconsciente à la perfection consciente en passant par l’imperfection consciente. Pouvez-vous expliquer pourquoi cela est nécessaire? Pourquoi la perfection est-elle d’abord inconsciente?

KRISHNAMURTI. — « Pouvez-vous expliquer pourquoi cela est nécessaire? » Non, je ne le peux pas. Il en est ainsi, voilà tout. Vous pouvez établir une théorie, je peux vous en exposer une, mais à quoi cela servirait-il? Quand j’emploie les mots: « perfection inconsciente », je veux dire que la nature recèle la vie et qu’elle remplit son objet dans la conscience individuelle qui connaît la séparation, qui est l’imperfection consciente, l’effort, la lutte, la naissance et la mort, la douleur, le plaisir et la variété des changements. La conscience individuelle trouve son accomplissement lorsque, consciemment, elle est, ce qui constitue le bonheur pur. Vous voulez savoir pourquoi la perfection est d’abord inconsciente?

La perfection est inconsciente dans la nature parce que la nature est instinctive tandis que le but de l’homme est de transformer par l’effort cet instinct en raison.

QUESTION. — Pourquoi dites-vous: « La vie est création » et non: « la vie est créatrice » ? La création n’est-elle pas le résultat et la vie le principe, la cause?

KRISHNAMURTI. — Pour moi, la vie est à la fois le créateur et le créé, le sujet et l’objet, le non-manifesté et le manifesté, Si l’on considère la totalité de la vie il n’y a ni objet ni sujet. Ce en quoi toute individualité comme toute séparation existe ne peut avoir conscience d’un objet et d’un sujet.

Cette vie est toute chose, elle ne perçoit pas l’objet créé comme séparé d’elle-même. L’homme, en tant qu’individu séparé fait une distinction entre le sujet et l’objet mais ce qui est à la fois objet et sujet ne peut rien percevoir de tel.

QUESTION. — Si je vous comprends bien, vous dites que l’homme qui a atteint sa perfection agit toujours selon l’équilibre de la raison et de l’amour qui est d’être sans effort. C’est l’action pure. Les personnes qui ne sont pas encore à ce niveau, entrant en contact avec ce courant de vie, réagissent suivant leur degré respectif de compréhension. Ces réactions ne déterminent-elles pas les conditions de vie de l’homme libéré? Ne déterminent-elles pas jusqu’à son incarnation? Si l’action pure ne déterminait pas de réactions l’existence physique ne cesserait-elle pas? car n’est-elle pas basée sur le jeu de l’action et de la réaction? En d’autres termes, la personnalité physique de l’homme libéré est-elle seulement perceptible à celui qui réagit, et quand ce dernier aura aussi réalisé l’action pure, ces deux êtres, ayant découvert le Soi où il n’y a ni séparation, ni dualité, ni limitations, ne se seront-ils pas élevés au-dessus de ce qui est physique? Que percevrait alors l’homme illuminé? aurait-il conscience de deux personnes séparées, ayant chacune atteint son accomplissement et réagirait-il au contact de leur action pure? Si ces deux êtres apparaissaient comme séparés à la conscience qui réagit, comment s’apparaîtraient-ils l’un à l’autre?

KRISHNAMURTI. — Cette question qui en contient beaucoup d’autres est posée du point de vue des réactions. Or, je dis que l’action pure se dirige vers l’extérieur tandis que la réaction se tourne vers l’intérieur. Cette action pure résulte de l’équilibre parfait de la raison et de l’amour, cette harmonie mène à l’intuition, but de la pensée et du sentiment. L’homme dont l’action est pure conserve toujours cet équilibre sans être influencé par les circonstances ni l’entourage qui conditionnent ou contrarient les réactions. Le sentiment de la séparation n’existe pas dans l’action pure.

QUESTION. — La vie, pour la réalisation de laquelle l’homme lutte, apparaît-elle différemment à des tempéraments différents?

KRISHNAMURTI. — Certainement non. C’est parce qu’il y a des existences individuelles séparées qu’il y a différents tempéraments; mais ce qui ne connaît pas la séparation ne peut être exprimé en termes de tempérament; vous ne pouvez vous en approcher au moyen d’un tempérament particulier; si vous l’examinez du point de vue de la partie, vous ne voyez pas le tout qui naturellement vous apparaît en termes de la partie, et cette partie vous l’appelez tempérament. Un tempérament particulier ne peut nous révéler ce qui est au delà de tous les tempéraments. Ceux qui réalisent cette vie peuvent l’expliquer différemment, employer des termes, un langage différents, mais ils n’en décrivent pas moins la même image, comme deux artistes qui peignent la même scène. Les deux peintres n’auront pas exécuté la même toile, mais si vous voyez la scène elle-même vous y découvrirez l’unité qu’ils ont traduite selon deux modes d’expression différents. Les divers tempéraments ont chacun leur expression particulière et il ne peut exister d’unité entre eux. Mais en ce qui crée tous les tempéraments l’unité existe.

QUESTION. — Voulez-vous nous expliquer la différence que vous faites entre le tempérament individuel et ce que vous appelez l’unicité individuelle?

KRISHNAMURTI. — Le tempérament individuel varie, alors que l’unicité individuelle est continue jusqu’au bout, jusqu’à la réalisation ultime. Le tempérament individuel dépend de la naissance, du milieu, de la personnalité, de la race, de l’hérédité, et ainsi de suite; l’unicité individuelle est continue à travers la naissance et la mort, elle est l’unique guide de votre existence d’individu séparé jusqu’à ce que vous ayez atteint le but.

QUESTION. — De quelle manière puis-je me rendre compte si je désire vraiment la vérité dont vous parlez ou si mon intérêt n’est que superficiel?

KRISHNAMURTI. — En mettant en pratique le peu que vous avez compris de cette réalité dont je parle; vous découvrirez vite ainsi jusqu’à quel point vous désirez la conquérir tout entière. Dans les temps anciens, ceux qui cherchaient la vérité abandonnaient le monde et se retiraient pour mener une vie monastique ou ascétique. Maintenant, vous devez faire l’effort là où vous êtes, en vous-mêmes, entourés de toutes sortes de confusions, d’idées contradictoires, de ce que l’on appelle des tentations (de mon point de vue il n’existe pas de « tentation »). Si je formais un groupe très exclusif d’ascètes vous y entreriez peut-être mais ce n’est pas sûr car cela vous demanderait trop d’énergie et le renoncement au confort — en tout cas, ce ne serait là qu’une manière superficielle de marquer votre aspiration.

Rejeter un vêtement pour en adopter un autre n’est pas ce qui nous fortifiera dans notre désir. C’est le désir lui-même qui rend fort. En observant ce désir, en le guidant, en étant réfléchis dans votre conduite, vos pensées, votre attitude, votre manière d’être, en vous adaptant sans cesse à ce que vous considérez comme le but de l’existence individuelle, vous pourrez mettre votre aspiration à l’épreuve, et seulement ainsi — non pas en faisant partie de sectes, de sociétés, d’ordres et de groupes. Alors vous utilisez l’expérience au lieu d’en devenir l’esclave. Une conduite pure exige donc la pureté de la pensée. Par pureté, j’entends la pureté née de la raison et non d’une foi sentimentale. La raison est l’essence de votre expérience — ou de l’expérience d’un autre — analysée et critiquée impersonnellement, sans désir de réconfort ou de soumission à une autorité. C’est là l’épreuve unique, et c’est en cela, non en d’innombrables théories, que réside la véritable valeur de la vie.

Ne vous perdez pas dans des abstractions métaphysiques en écoutant ce que je dis sur l’action pure, la réalisation, l’être pur, oubliant ainsi la conduite journalière, la manière de vivre et d’être. Vous pouvez formuler des théories sur l’être pur, le bonheur — appelez-le comme vous voudrez — mais si vous êtes jaloux, envieux, avides de possessions, cruels, insouciants, inconsidérés, à quoi servent vos théories? Pour atteindre la réalité vous devez vous affranchir de ces choses, et pour cela il vous faut avoir une vision compréhensive de cette réalité et la mettre en pratique; sinon vous vous laissez prendre par des mots.

QUESTION. — Mon désir est d’être toujours avec vous. Je l’ai réprimé consciemment et refoulé inconsciemment. Comment puis-je apprendre à le contrôler?

KRISHNAMURTI. — On devrait mettre cela en vers! Contrôler quoi? Le désir d’être avec quelqu’un? Quand notre amour est personnel il crée de la douleur et des conflits et il impose des limitations à cette éternité qui est l’Amour même. Tant que vous vous sentez un être séparé la douleur vous attend. Cette chose par laquelle je me manifeste, le « moi », meurt, et si vous vous y accrochez vous souffrez. Mais si vous comprenez la vie même, incarnée en toute chose, dans chaque être, et si vous aimez cette vie, les changements de formes, de manifestations, d’expressions cessent de vous emprisonner douloureusement.

QUESTION. — Vous dites que « la totalité du temps existe dans un seul moment » et que « pour l’homme libéré le temps n’existe pas ». Cette dernière phrase, jointe à la première, veut-elle dire qu’il est possible de supplée au manque d’expérience personnelle par une réalisation intuitive? Comment est-ce possible, puisque vous dites aussi que « l’on n’acquiert une valeur véritable que par l’expérience »?

KRISHNAMURTI. — J’ai dit que pour l’homme libéré il n’y a pas de temps, mais pour l’homme qui souffre le temps existe. Vous attendez de l’avenir votre réalisation: vous avez l’idée que vous parviendrez quelque jour au but et ce jour est reculé indéfiniment à cause de votre indifférence et de votre manque d’énergie; vous le reculez parce que votre désir manque d’intensité, mais s’il est intense vous ne demandez plus à reculer cette réalisation; vous vivez chaque expérience et vous l’assimilez, vous en affranchissant ainsi. Pour vivre dans ce moment qui contient toute l’éternité (chaque moment est l’éternité entière), on doit posséder cette profonde concentration, cette réalisation de l’être intérieur où l’on parvient par une résistance incessante. On atteint alors cet état d’être sans effort qui n’est pas une condition statique de sommeil. Vous êtes. Vous êtes le tout. C’est alors que pour vous chaque moment est l’éternité car vous n’êtes jamais hors de ce moment, et parce qu’il renferme la totalité du temps vous ne vous occupez ni de l’avenir ni du passé. Essayez pour une fois de vivre avec cette concentration qui demande l’impersonnalité de l’être et votre affranchissement des efforts conscients pour devenir vertueux. Cet effort est possible à chacun s’il est soutenu par un désir impérieux. Ne cherchez donc ni discipline ni guide pour vous imposer cette concentration, mais examinez chaque expérience, chaque pensée. Le désir, dans son élan ardent, impétueux à la recherche du bonheur, fera régner en vous cette discipline de la concentration qui est la conduite pure.

QUESTION. — Si je m’impose un contrôle que je considère comme une discipline volontaire et intelligente, et si pourtant il n’en résulte qu’amertume, légèreté et dureté, quelle en est la cause? Est-ce un défaut de compréhension?

KRISHNAMURTI. — Par compréhension j’entends la compréhension du but de l’existence individuelle qui est de ne pas connaître la séparation. Tant que vous avez conscience de la séparation il y a amertume, insouciance, cruauté, avidité, jalousie et envie. Mais si vous comprenez le but de cette existence individuelle soi-consciente qui est de réaliser l’unité de la vie, cette compréhension unie à la discipline personnelle ne produira ni amertume ni légèreté. Vous vous imposez une discipline parce que vous souffrez, puis, comme il n’en résulte pas la réalisation attendue, vous vous sentez pleins d’amertume. Mais si votre perception embrasse tout et ne connaît pas la séparation, vous serez sans amertume.


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RÉALISATION SPIRITUELLE


CAUSERIE par J. KRISHNAMURTI


Vendredi 25 juillet. — Réunion d’été.  

DEPUIS des années vous êtes venus au Camp et à ces Réunions qui précèdent le Camp, avec des idées confuses. Une quantité de gens de toutes les parties du monde se sont rassemblés autour d’une certaine personne. Ce vaste groupe organisé a été dissous. Parce qu’ils étaient attirés vers une personnalité plutôt que vers la réalité centrale, une grande partie des membres de ce groupe se dispersa naturellement, et de moins en moins nombreux seront ceux qui se concentreront et donneront leur entière attention à cette réalité. Ne considérez pas cela comme une menace; il est naturel qu’il en soit ainsi. Il ne peut y avoir qu’un petit nombre disposés à donner leur vie entière, leur enthousiasme, leur intérêt à la seule chose qu’ils reconnaissent dans la vie comme force centrale dynamique.

On ne peut atteindre cette réalité par la raison, mais par l’expérience. Quand on s’en approche en suivant la route de l’expérience, c’est par une continuelle concentration de pensée et d’émotion, un constant ajustement, une constante élimination du non-essentiel. Or, en ce qui me concerne, je l’ai atteinte; mais il est très difficile, très subtil, de décrire ce qui doit être réalisé par chaque individu, parce que c’est le tout de la vie. Nous pouvons le discuter, le disséquer, le mettre en pièces; mais la réalité centrale, qui pour moi est absolue et illimitée, on ne peut s’en approcher qu’avec un affectueux désir de comprendre, avec le détachement de la personne qui parle et de vos propres illusions.

Quand vous combattez l’ignorance, qui est la confusion de l’essentiel et du non-essentiel, quand vous luttez contre les limitations de l’émotion, de la pensée et de la raison, cette lutte vous fait découvrir l’individualité — le sens éveillé de la séparativité — qui n’existe pas dans la nature inconsciente, mais seulement dans l’homme qui se rend compte de ses luttes contre l’ignorance, contre la limitation.

Ainsi naît dans l’homme la dualité « vous » et « je ». Lorsque l’individu qui connaît cette séparation, l’a conquise, toute illusion cesse. Dans ce conflit, dans cette lutte de l’individualité, consciente de la séparativité, il y a nécessairement illusion, parce que l’illusion naît du désir de réconfort.

Le désir de réconfort est le produit de la peur. Lorsqu’on a peur, on cherche à se mettre à l’abri des luttes de la vie, on cherche à modeler sa conduite — et aussi soi-même — d’après un système, un modèle, une règle. Autre illusion: le besoin intense de la continuité de sa propre individualité, les innombrables questions qui naissent de ce besoin — sera-t-on réuni après sa mort à ceux qu’on a aimés? qu’arrive-t-il lorsqu’on meurt? continue-t-on à vivre? revient-on dans un autre corps, et si oui, de quelle manière?... Ce n’est que le désir ardent de la continuité, dans le temps, de sa propre individualité. Toute illusion suppose le désir du réconfort et de la persistance de l’existence individuelle.

Il faut-comprendre que cet attachement aux personnes, au développement de sa propre personnalité, à la continuité du « Je » est une illusion; et si on l’a compris, la foi naît.

Je ne veux pas dire la foi en une autre personne, si supérieure, si évoluée soit-elle, mais la foi en la réalité qui existe en soi-même. C’est ce que j’appelle la vraie foi, la certitude qu’en vous-même se trouve la potentialité du tout, et que votre tâche est de saisir cette réalité, d’être cette réalité.

Quand vous possédez cette foi, vous êtes certain de votre but individuel, vous aspirez ardemment à vous unir à la totalité dans laquelle il n’y a ni séparation, ni distinction entre « sujet » et « objet ». Vous êtes sans cesse rassemblé en vous-même, attentif, concentré sur tout ce que vous faites.

Par la suite, cette concentration devient spontanée, car c’est votre propre désir qui vous pousse à purifier vos émotions et vos pensées pour purifier de plus en plus votre conduite; c’est votre propre désir, né d’une claire compréhension du but de l’existence individuelle.

La conduite, qui est l’expression de la pureté des émotions et des pensées, de la compréhension intuitive, n’enchaîne pas; elle ne devient pas une cage, mais un instrument de réalisation. La conduite dans la vie est la route vers cette réalité suprême, sereine, que chacun — en qui la vie est potentielle, mais non tenue en esclavage — doit réaliser; il n’est pas besoin pour cela ni de discussions, ni de métaphysique.

La souffrance, où qu’elle se trouve, est le résultat de la lutte pour distinguer l’essentiel du non-essentiel. On a conscience du bonheur, de la peine, du plaisir; s’ajuster à cette continuelle variété, à ce perpétuel changement cause de la souffrance.

Puis vient le désir de combattre la souffrance, de lui échapper, de la traiter comme un ennemi; tandis que la peine et le plaisir sont pareillement un sol pour grandir; tous deux peuvent diminuer en vous le sens de la séparativité, ce qui constitue la vraie croissance. Il faut que cette foi, cette certitude naisse en chacun de vous. Elle ne naît pas de la raison, mais d’un continuel tâtonnement à travers l’expérience, poussée par le désir qui cherche sa réalité ultime. Comme je l’ai souvent répété, la réalisation spirituelle est pour tous, parce que cette réalité existe en chacun. Néanmoins, il n’y a qu’un petit nombre qui puisse se concentrer, qui puisse être sans cesse en alerte, s’ajuster grâce à une observation constante, au choix inlassable de l’essentiel et puisse ainsi réaliser de plus en plus l’existence sans effort, l’être sans effort, serein, suprême.


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QUESTIONS ET RÉPONSES


Vendredi 25 juillet. — (Suite).  

QUESTION. — J’ai été et je suis une victime du manque d’intérêt et d’enthousiasme dans la vie. Je me suis observé moi-même et ceux qui sont autour de moi, et j’ai senti que j’en comprenais la raison et quelle est en soi-même. Il y a trois ans je vous ai pour la première fois entendu dire que la voie de la Libération, du vrai et durable bonheur se trouve dans la compréhension de la nature du véritable amour, non dans l’abstrait, mais dans la vie réelle; cette limitation n’existe plus pour celui dont l’amour peut s’élever au-dessus du particulier, dont l’affection n’est pas réservée à un seul individu, et n’a cependant rien perdu de son intensité et de sa qualité en devenant impersonnel. A ce moment-là je n’avais rien de plus qu’une conception intellectuelle mais claire, de cette grande vérité. Depuis lors, à force d’y réfléchir sans cesse, de souffrir et de faire des efforts continuels, j’ai réussi à effacer — du moins d’une manière notable — cette marque particulière du soi, et je puis maintenant plonger plus profondément dans la vérité. Je sens qu’une grande barrière a été abattue, une barrière imposée par moi-même, dont ma condition me semblait la cause possible puisque je l’avais remarquée aussi dans les autres. Cependant je manque encore d’enthousiasme et suis incapable de prendre un vif intérêt à la vie autour de moi. J’appartiens encore au type d’individu blasé. Je sens que personne ne peut me tirer de ce bourbier excepté moi-même. Vous pouvez peut-être, puisque vous avez atteint la vérité, et le plein épanouissement de la vie, indiquer les causes possibles de cette condition particulière, qui me semble, non pas unique, mais plutôt fréquente ?

KRISHNAMURTI. — Il y a, dans ce cas, un manque d’intérêt qui provient de ce qu’on cherche le bonheur d’une manière négative. Je vais expliquer. Seul l’intérêt soutient l’enthousiasme — je veux dire l’intérêt profondément enraciné, non celui qui s’attache aux choses passagères. — Si l’intérêt est concentré sur des choses passagères, l’enthousiasme se dissipe. Mais si l’intérêt pour cette foi, cette certitude s’est éveillé grâce à la souffrance, à la réflexion continuelle, à l’examen, au choix et au discernement, cet intérêt maintient et soutient l’enthousiasme.

Il faut donc trouver ce qui excite votre intérêt, non ce qui provoque l’enthousiasme; l’enthousiasme n’est que le résultat de l’intérêt.

Je m’intéresse à la vie, aussi je cherche sans cesse, j’observe — comprenez bien ce que je veux dire — comment mettre en mots ce que j’ai réalisé, comment le peindre sur la toile, comment le rendre clair pour l’esprit des autres, pour qu’ils puissent le raisonner, le discuter ? Mais si je n’étais pas intéressé, je perdrais mon enthousiasme et me retirerais du conflit.

L’amour n’est ni qualitatif ni quantitatif. Par l’amour d’un seul, on devrait arriver à l’amour de tous. Mais on y arrive par de grandes souffrances, une grande compréhension, un grand discernement et une grande vigilance.

D’abord, l’amour amène des réactions; vous aimez celui que vous préférez et qui vous aime; ce n’est qu’un simple marché. De cet amour naît la souffrance, l’incertitude, l’indifférence. Ce n’est pas un amour positif. L’amour qui est action, pure est seul positif. Votre amour traverse les étapes de réaction, d’indifférence, jusqu’à ce qu’il devienne action pure. L’homme qui aime le particulier et s’aperçoit qu’il est prisonnier de cette particularité, doit passer par la souffrance, par le flux et le reflux, bonheur et malheur, jusqu’à ce qu’il arrive à l’état d’indifférence décrit dans cette question.

L’indifférence est incapable de réaction, aussi bien que d’action pure; ce n’est qu’un état négatif. Cet état négatif amène la souffrance, la peine et le plaisir; et l’homme cherche encore l’action pure qui est un état positif.

En dépassant la réaction, on arrive d’abord à cette indifférence, puis à l’être positif, c’est là une des lois de la vie. Heureux l’homme qui comprend son état d’indifférence ou de réaction, parce qu’il cherche encore; c’est dans cette recherche et non dans la satisfaction et le contentement que se trouve sa libération.

QUESTION. — D’après vos paroles, il est évident que pour se libérer des entraves de l’individualité, il faut avoir le désir de cette libération. La grande majorité des gens ne le désire pas; en réalité ils s’efforcent de devenir de plus en plus soi-conscients et séparés. Ils mourront comme ils sont. Ou ils se réincarneront pour continuer la lutte jusqu’à ce que la souffrance oriente leurs désirs — en ce cas nous revenons à la réincarnation qui est une théorie et non une expérience pour la plupart, comme vous l’avez vous-même déclaré — ou ils seront réabsorbés dans la totalité, comme processus automatique, inconscient. S’il en est ainsi, en tout cas, il n’y a pas sujet de lutter. Tout en reconnaissant que le cours ordinaire de l’évolution peut être dépassé par un intense désir d’atteindre le but, on doit se demander : que devient la majorité qui n’a pas ce désir ?

KRISHNAMURTI. — La question est : « La majorité doit-elle souffrir et se réincarner, ou être absorbée ? »

La majorité est tenue entre le « vous » et le « je » des existences séparées, conditionnées par les circonstances, par l’entourage, les conditions sociales, la politique, le « vous » et le « je » de l’être séparé, etc. Mais vous comprenez que si vous, personne qui connaît la séparativité, en qui existe « vous » et « je », vous effacez et faites disparaître ce sens de séparativité, vous créez une condition nouvelle, et la majorité disparaît. Ce n’est pas une simple théorie; je vous demande d’y réfléchir, et vous verrez ce que je veux dire. Quelques-uns peuvent créer ainsi un monde nouveau, un nouvel ordre de choses.

Il ne s’agit pas de la majorité; il s’agit de vous — qui êtes assis devant moi — il s’agit de savoir si vous concentrez votre effort dans la foi, ou attendez que le rythme du temps vous pousse vers la réalisation. La moyenne, c’est vous; la majorité, c’est vous. Parce que vous connaissez par « vous » et « je » le sens de la séparativité, vous créez un monde cruel, avide de possessions; un nombre incalculable d’horreurs naissent de l’égoïsme de la séparativité.

N’attendez pas de quelqu’un qu’il change la majorité, mais considérez le changement de la majorité en vous-même.

QUESTION. — Un grand nombre d’entre nous qui sommes réunis ici pour concentrer nos efforts, avons l’habitude de fumer, de prendre part aux jeux, aux danses, etc. Pensez-vous que ces amusements dissipent notre énergie et empêchent la concentration ?

KRISHNAMURTI. — Cela dépend de l’individu. Un grand nombre de personnes dans le monde suppriment leurs désirs sans compréhension, par crainte; elles s’imaginent trouver dans ces restrictions la spiritualité qu’elles cherchent. Elles prennent de l’âge en vivant de restrictions et retournent à l’état où elles étaient à vingt ans; ce n’est qu’une perte de temps. Si vous êtes de votre âge, il n’y a pas de raison pour que la concentration soit rendue difficile. Il existe un dicton en Amérique : « soyez de votre âge », qui s’applique parfaitement à l’heure actuelle. Il n’est pas bon de se conduire à cinquante ans comme un garçon de vingt ans. Je ne vais pas édicter une loi pour décréter si vous devriez ou non danser, fumer, ou jouer. Tout dépend de la valeur que vous attribuez à ces choses, et jusqu’à quel point vous en êtes esclaves; pour vous en rendre compte vous devriez les abandonner — je ne dis pas « il faut » les abandonner — pour vous éprouver vous-même et découvrir ce qui vous intéresse réellement.

Je ne suis opposé à aucune forme d’amusement : fumer, danser, jouer. Mais vous devriez vous demander : Pourquoi suis-je ici ? Ne rendez pas tout cela artificiel, ou vous lui ôteriez sa valeur. Si vous avez envie de vous amuser, alors dansez, jouez au bridge, faites tout ce qui vous amuse; mais si vous cherchez autre chose, faites-le avec concentration.

QUESTION. — Vous dites souvent que le but de la vie est le bonheur ? Je trouve, en avançant en âge, que bonheur et malheur perdent de plus en plus leur signification. Ils cèdent la place à la certitude, la réalité en comparaison desquels le bonheur et le malheur sont comme le flux et le reflux de l’océan. Cette réalité est mon but, quelle me rende heureux ou malheureux. Je crois que si on l’atteint, on est au delà du bonheur et du malheur. Ainsi, pourquoi dites-vous que le bonheur est le but de la vie ? Ce n’est pas une simple question de mots.

KRISHNAMURTI. — La vie, comme telle, n’a ni but, ni dessein; mais l’existence individuelle a un but, qui est de réaliser cet être, séparé par « vous » et « je », en l’unité absolue de l’être où il n’y a plus de séparation entre sujet et objet. Vous pouvez appeler cette réalisation, bonheur, libération, intuition. Je me sers du mot bonheur, parce que l’état d’équilibre entre bonheur et malheur est purement négatif, tandis que l’état de félicité pure est positif. Il faut malheureusement se servir de mots pour donner un sens à ce qui ne peut être, malgré tous les efforts, décrit dans sa totalité.

Comment pouvez-vous décrire à un aveugle la beauté du soleil levant ou du soleil couchant ? Vous pouvez essayer, dire : c’est la chaleur, c’est la lumière, mais la beauté réelle, il faut la voir. Ainsi les mots peuvent seulement servir de pont; j’emploie, avec une intention bien déterminée, des mots ordinaires en leur donnant un nouveau sens.

Pour moi, cet état de bonheur et de malheur en équilibre analogue au flux et au reflux de la mer, est une condition négative. Tandis que l’état positif est l’Être — cette félicité qui est l’essence de tout bonheur et de tout malheur — et que vous n’avez pas besoin d’appeler bonheur, si vous ne le désirez pas. C’est la libération de toutes les entraves de l’émotion, de la raison; et cependant, c’est le but de la raison, de toute émotion, de toute pensée. Pour moi, cette félicité renferme tous les états de bonheur et ne dépend pas des variations de plaisir et de peine. Pour atteindre cette réalité la plus haute, il faut traverser le doute, la foi, la certitude, la réflexion sur soi-même, qui renferment bonheur et malheur, souffrance et joie, peine et plaisir, avidité, envie — tout, car ce ne sont que les degrés d’une échelle. Quand vous avez atteint le plus haut degré, vous ne dépendez plus des degrés inférieurs. Le plus élevé est positif; vous pouvez lui donner tel nom qu’il vous plaît. C’est pour cela que je suis disposé à céder devant n’importe quel nom, le nom importe peu. Ce qui importe, c’est cet état positif suprême, l’essence du positif et du négatif, la quintessence de toutes choses dans leur variété d’expression, leurs changements, leurs modes; c’est la Vie elle-même.

QUESTION. — Dans toutes les circonstances de ma vie, durant cette incarnation, comme jeune fille, épouse et mère, ou veuve, j’ai toujours dû être le pilier soutenant l’édifice de la famille. Je n’ai jamais été à court — si ce n’est de temps; mais j’ai toujours été isolée dans mes idées. Et maintenant, à soixante-dix ans, résolue à profiter du privilège de libération que vous offrez à l’humanité, je vous demande : Puis-je obtenir la libération, maintenant, telle que je suis, afin d’aider l’humanité comme j’ai toujours essayé de le faire, mais avec plus de certitude et d’efficacité ?

KRISHNAMURTI. — Si je puis m’exprimer ainsi, sans créer de confusion, ni de méprise, il n’est pas question d’aider le monde; vous aiderez, comme toute belle chose, spontanément, automatiquement. La beauté est inconsciente, la vertu est inconsciente; il n’y a que le vice qui soit conscient, parce que c’est un effort, une lutte contre les choses, un ajustement.

La question n’est pas : Puis-je atteindre, réaliser, à mon âge ?

Encore une fois, il ne s’agit pas d’âge. La vie n’a pas d’âge limite. Le corps s’use comme un vêtement s’use; la question est celle-ci : Puis-je réussir à n’importe quel moment, jeune ou vieux ? Certainement n’importe qui peut le faire, pourvu qu’il ait cette foi intense, qu’il veuille se concentrer. Ne vous méprenez pas sur ce que j’entends par la foi — je n’entends pas la foi en une chose extérieure, mais la certitude qu’en chacun se trouve la totalité, la potentialité. Avec cette certitude, tous, et non pas seulement un petit nombre peuvent atteindre. Mais cette intensité de désir dépend de votre effort, de votre intérêt — et vous seul en êtes juge. Ce n’est ni une question d’âge, ni une question d’entourage.

QUESTION. — Pourquoi, lorsqu’on a réalisé l’état d’esprit où subsiste un certain détachement, le calme, la force, l’illusion de l’isolement persiste-t-elle ? Même la perception intérieure de beauté n’éteint pas ce sentiment de solitude.

Pourquoi faut-il un tel effort pour le surmonter ?

KRISHNAMURTI. — L’isolement résulte du sens de la séparativité, et c’est la chose la plus difficile à supprimer; mais si vous y arrivez, vous n’avez plus la sensation de solitude, de « vous » et de « je » existant séparément. Les expressions de la vie doivent être différentes, multiformes; mais la vie est essentiellement une. Pour l’homme qui a réalisé l’unité de toutes choses, la souffrance de l’isolement n’existe pas.

QUESTION. — Quelle est la place réelle de la solitude dans l’éternelle réalité de la vie ?

KRISHNAMURTI. — Elle n’a aucune place dans la réalité. Elle occupe dans l’expérience la même place que le désir de se trouver avec plusieurs personnes ou avec un être aimé; ce sont deux terrains sur lesquels on peut bâtir l’individualité, le sens de la séparativité. Pour effacer cette individualité, pour découvrir l’essentiel au milieu du non-essentiel, toutes sortes d’expériences sont nécessaires — l’amour, la haine, la jalousie, l’avidité, l’action, l’inaction, la solitude, le désir de la compagnie des autres, etc. L’homme qui dépend de l’une d’entre elles connaît la séparation, il est dans l’esclavage du malheur, de la limitation, de la souffrance.

QUESTION. — La solitude, pour moi, n’est pas seulement ce sens de séparation et d’isolement. Elle est universelle. Tout être humain souffre jusqu’à un certain point de cet isolement qui n’est pas un mal personnel, mais commun à toute l’humanité.

KRISHNAMURTI. — Tout être humain a le sens de séparativité; il est universel en ce sens qu’il existe dans le cœur et l’esprit de tous. Mais pour l’homme qui a franchi cet océan de souffrance, de séparativité, il n’y a pas de solitude; cependant, vu de l’océan de douleur, cet homme peut paraître isolé.

QUESTION. — Quel est votre point de vue sur la modestie ?

KRISHNAMURTI. — La modestie est l’humilité, le respect d’un autre, l’effacement de soi-même dans le véritable sens; l’effacement qui ne connaît pas le « vous » et le « je » — l’humilité substantielle, et non l’humilité hypocrite. L’humilité est l’essence de la modestie qui consiste, après tout, à ne pas savoir que vous, comme individu, existez en tant qu’être séparé. Ainsi vous respectez toute chose et vous ne vous placez pas, comme individu, devant les autres. Tout le monde est accessible à la flatterie, tant que la souffrance de la séparation existe. Mais la flatterie et l’insulte sont une même chose pour celui qui ne connaît pas la séparation. Vous arrivez à l’humilité en observant sans cesse vos actions, que vous jouiez, mangiez, dansiez. Un tel homme est serein, en équilibre; il n’est pas plus affecté par la flatterie que par l’insulte, par les richesses que par la pauvreté. Il est au delà des griffes de la limitation.

QUESTION. — Connaissez-vous, après Jésus, d’autres hommes qui aient, à votre point de vue, atteint la libération ? Ce n’est pas que je veuille imiter, mais parce que je désire étudier leur vie et leurs actions dans le monde de la manifestation. La libération est-elle si difficile à atteindre que dans l’histoire du monde nous trouvions si peu d’hommes libérés ?

KRISHNAMURTI. — La libération n’est pas difficile à atteindre; la concentration, l’effort est difficile à soutenir; de là le petit nombre. Il n’est pas difficile d’atteindre ce qui est en toutes choses, ni difficile de le réaliser; mais il y a entre vous et cette réalisation beaucoup de choses que vous devez éviter et supprimer, par un choix, un effort, un discernement continuels. Cela demande une foi intense, une énergie continuelle, la réflexion, la concentration. Très peu sont disposés à soutenir cet effort; de là le peu qui atteignent et qui réalisent. Vous abordez encore la question du point de vue de la séparativité comme s’il s’agissait d’une chose réservée seulement à un petit nombre. Comment pourrait-elle être réservée à quelques-uns, cette réalité qui est en toute chose, en chacun ?


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