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J. Krishnamurti

Carnets

Traduit de l'anglais par Marie-Bertrande Maroger
et Béatrice Vieme pour l’édition augmentée
© Éditions du Rocher, 1988, 2010.


Gstaad, 29 août 1961  

LA plupart des gens refusent certaines choses faciles, superficielles ; certains vont loin dans leur refus, et il y a ceux qui refusent totalement. Le refus de certaines choses est relativement simple, l'église et ses dieux, l'autorité et le pouvoir de ceux qui la détiennent, l'homme politique et ses habitudes etc On peut aller assez loin dans le refus des choses qui semblent avoir de l'importance telles que les relations mondaines, les absurdités de la société, la conception de la beauté telle qu'elle est établie par les critiques et ceux qui prétendent au savoir. On peut toutes les écarter et demeurer seul, non dans le sens d'isolement, de frustration, mais seul du fait d'une compréhension et, par suite d'un éloignement naturel, sans aucun sentiment de supériorité. Ce sont choses mortes, l'on n'a plus à y revenir. Mais aller jusqu'au bout du refus est une toute autre affaire ; l'essence du refus est la liberté dans la solitude. Peu s'aventurent aussi loin, écartant tout refuge, toute formule, toute idée, tout symbole, pour être nus, sans brûlure, et lucides.

Krishnamurti’s Notebook, 1975
(Traduit en français sous le titre Carnets. pp. 118-19)



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REFUSER le savoir, l'expérience, le connu, c'est inviter l'inconnu. Le refus est explosif ; il n'est point affaire intellectuelle, idéation, dont le cerveau puisse jouer. Dans l'acte même du refus réside l'énergie, l'énergie de la compréhension, et celle-ci n'est pas docile, on ne peut l'apprivoiser par la peur et la commodité. Le refus est destructeur ; inconscient des conséquences, n'étant pas réaction, il n'est donc pas l'opposé de l'affirmation. Affirmer une chose ou son contraire c'est poursuivre la réaction, et la réaction n'est pas le refus. Le refus ne comporte pas de choix et n'est donc pas le résultat du conflit. Le choix est conflit et le conflit est immaturité. Le refus c'est de voir la vérité comme telle, le faux comme tel et la vérité dans le faux. C'est un acte et non une idée. Le refus total de la pensée, de l'idée et du mot, mène à la liberté à l'égard du connu ; avec le refus total de la sensation, de l'émotion et du sentiment, survient l'amour. L'amour dépasse et surpasse la pensée, le sentiment.

Krishnamurti’s Notebook, 1975
(Traduit en français sous le titre Carnets. pp. 119-20)



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