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J. Krishnamurti

Carnets

Traduit de l'anglais par Marie-Bertrande Maroger
et Béatrice Vieme pour l’édition augmentée
© Éditions du Rocher, 1988, 2010.


Gstaad, 3 août 1961  

ÉVEILLÉ très tôt avec ce fort sentiment d'un « otherness », d'un monde au-delà de toute pensée ; Cela était très intense. Aussi clair et pur que le petit matin, que le ciel sans nuage. L'esprit est lavé de l'imagination, de l'illusion, puisqu'il n'y a pas de durée. Tout est, sans avoir jamais été. Toute possibilité de prolongation s'accompagne d'illusion.

Le matin était encore clair, mais bientôt les nuages s'amasseraient. Vus de la fenêtre, les arbres et les champs apparaissaient très nets. Il se passe une chose curieuse: un renforcement de la sensitivité, non seulement à la beauté, mais aussi à toute chose. Le brin d'herbe, étonnamment vert, contenait à lui seul tout le spectre de la couleur ; il était intense, éblouissant, et pourtant si petit, si facile à détruire. Ces arbres, leur hauteur et leur profondeur, étaient la vie même ; les lignes majestueuses de ces collines ondulantes, les arbres solitaires, étaient l'expression du temps tout entier, de tout l'espace ; et les montagnes dressées contre le ciel pâle étaient au-delà des dieux de l'homme. Il était incroyable de voir, de sentir tout cela, en regardant simplement par la fenêtre. Les yeux étaient dessillés.

Curieusement, pendant une ou deux entrevues, cette force, cette puissance a empli la pièce. Elle semblait pénétrer les yeux, le souffle. Elle se manifeste soudainement, de façon tout à fait inattendue, avec une force, une intensité irrésistibles et à d'autres moments elle est doucement, sereinement présente. Mais elle est là, qu'on le veuille ou non. Il est impossible de s'accoutumer à sa présence, puisque jamais elle n'a été, ni ne sera. Mais elle est là.

Le processus a été assez doux, probablement à cause des entrevues et des causeries.

Krishnamurti’s Notebook, 1975
(Traduit en français sous le titre Carnets. pp. 57-8)



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